Elle existe en toi, elle a toujours existé, et le fait que tu ne l'aies jamais rencontrée ne veut pas dire qu'elle n'est pas là.
Ce que ta lignée a étouffé, c'est l'Amazone.
C'est cette femme qui sait exactement où elle commence et où elle s'arrête, qui trace sa frontière sans avoir besoin de la défendre, et dont le non n'est pas une attaque mais simplement une limite posée à sa juste place.
L'Amazone est l'une des quatre formes du féminin définies par Toni Wolff, analyste jungienne, en 1934. Elle est l'autonome, celle qui possède un but, une terre et une limite, et son visage grec est celui d'Artémis, la chasseresse qui court libre dans les forêts, refuse le mariage et ne rend de comptes à personne.
Dans ta lignée, cette femme-là n'a jamais eu le droit d'exister. Les femmes avant toi ont appris que se taire était une stratégie de survie, et elles n'avaient pas tort, parce qu'à leur époque prendre la parole coûtait bien plus cher que la ravaler. Elles ont transmis ce réflexe comme on transmet un savoir-faire, sans même savoir qu'elles le transmettaient.
Ce qui a pris toute la place, c'est la Sage.
Cette fille bien élevée qui a compris très tôt qu'il valait mieux se faire discrète que déranger, et qui a fini par confondre l'effacement avec la vertu, au point de ne plus savoir si elle se tait par choix ou par habitude.
Regarde ton corps.
Ta gorge se serre exactement au moment où il faudrait dire non, tes épaules rentrent vers l'avant comme pour occuper moins d'espace, et ton souffle reste haut, court, comme si tu n'avais jamais reçu l'autorisation de prendre toute la place dont tu as besoin. Plus bas, ton bassin est là mais tu ne l'habites pas vraiment, et ce n'est pas un hasard, parce que la gorge et le bassin sont deux passages reliés depuis toujours et que lorsque l'un se ferme, l'autre suit.
Ce que tu viens réhabiter, c'est l'Amazone.
Ta frontière, ton territoire, et cette voix qui ne naît pas dans ta gorge mais qui remonte de ton bassin et traverse tout ton corps avant de sortir.
Tes actes de libération pour cette semaine.
Ton acte dans la vie
Cette semaine, dis non une fois par jour. Un vrai non, sans rien ajouter derrière. Pas de « parce que », pas d'explication, pas de justification qui viendrait adoucir. Le « parce que » qui suit un non, c'est déjà la chaîne qui reprend la parole à ta place. Un non seul se suffit à lui-même, et c'est précisément ça que tu réapprends : que ta limite n'a pas besoin d'être plaidée pour être légitime.
Ton acte dans le corps — libérer la voix
Installe-toi debout, les pieds bien parallèles, écartés de la largeur de tes hanches. Plie très légèrement les genoux pour ne pas te bloquer. Pose une main à plat sur ton bas-ventre, sous le nombril.
Inspire par le nez, sans forcer, en laissant ton ventre gonfler sous ta main.
Puis, à l'expiration, ouvre la bouche et laisse sortir un son grave. Pas un joli chant, pas une note juste. Un son brut, qui vient du bas. Un « ha » profond, ou un grognement, ou juste un souffle sonore. L'important, c'est que tu sentes sous ta main que le son part du bas-ventre, pas de la gorge.
Recommence cinq fois.
À chaque son, laisse-le descendre un peu plus bas, un peu plus fort. Ta gorge n'est qu'un passage. La voix, elle, monte du bassin.
Si l'émotion monte, c'est bon signe. Laisse-la passer sans arrêter le son.
Une dernière chose, et elle compte plus que tout le reste.
Cette femme, personne n'a pu te la transmettre, non pas par manque d'amour mais par manque de possibilité, parce qu'aucune de celles qui t'ont précédée ne l'avait reçue non plus.
La chaîne s'arrête à l'endroit précis où une femme décide enfin de la regarder.
Tu viens de le faire.