LA REINE

Ta chaîne : le sacrifice.

Elle existe en toi, elle a toujours existé, et le fait que tu ne l'aies jamais rencontrée ne veut pas dire qu'elle n'est pas là.

Ce que ta lignée a étouffé, c'est la Reine.

C'est cette femme qui vaut sans avoir besoin de servir, qui reçoit avant de donner, et qui n'éprouve aucune culpabilité à occuper la place qui lui revient, parce qu'elle n'a jamais eu à la mériter.

La Reine n'appartient à aucune mythologie précise. C'est une figure de souveraineté, présente dans les contes et les tarots, celle qui règne sur son territoire intérieur. Et il faut noter qu'elle est absente de la plupart des typologies classiques du féminin, comme si personne n'avait jamais pensé à la transmettre.

Dans ta lignée, cette femme-là n'a jamais eu le droit d'exister. Les femmes avant toi ont donné sans compter, à tout le monde et tout le temps, sauf à elles-mêmes, parce qu'on leur avait appris qu'elles gagnaient leur place en se rendant utiles et jamais en existant simplement. Le don était leur seule monnaie, et elles t'ont transmis ce taux de change sans jamais te dire qu'il était truqué.

Ce qui a pris toute la place, c'est la Mère hypertrophiée.

Déméter qui donne jusqu'à se vider entièrement, dévorante d'elle-même, celle qui a fini par manger toutes les autres figures en toi jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'elle, épuisée, indispensable, et profondément seule.

Regarde ton corps.

Ton bas du dos porte quelque chose que tu n'as jamais posé, ta nuque est chargée, et tu soupires souvent, comme si tu tentais de déposer un poids qui revient toujours se remettre au même endroit. Cette fatigue de fond, celle que le sommeil ne répare pas, ce n'est pas de la fatigue physique, c'est un ventre qui se vide sans jamais se remplir.

Ce que tu viens réhabiter, c'est la Reine.

Celle qui reçoit avant de donner, parce qu'un utérus se remplit avant de créer, et que c'est l'ordre biologique autant que l'ordre symbolique. Toi, tu as inversé les deux, et ton corps te le fait payer depuis longtemps.



Tes actes de libération pour cette semaine.

Ton acte dans la vie

Cette semaine, reçois sans rien rendre. Un compliment, un service, un café qu'on t'offre, un coup de main. Ta seule réponse autorisée, c'est « merci ». Rien d'autre. Pas de « il ne fallait pas », pas de « attends, je te revaudrai ça », pas de contre-cadeau dans la foulée. Reste dans l'inconfort que ça déclenche, parce que cet inconfort, c'est très exactement le muscle que tu viens muscler. Recevoir sans compenser, c'est la chose la plus difficile pour une femme du sacrifice, et c'est la plus libératrice.

Ton acte dans le corps — réapprendre à te remplir

Allonge-toi sur le dos, dans un endroit calme où personne ne te dérangera pendant dix minutes.

Plie les genoux, les pieds à plat sur le sol, ou allonge les jambes si c'est plus confortable pour ton bas du dos.

Couvre-toi si tu as tendance à avoir froid, le corps ne se détend pas quand il a froid.

Pose tes deux mains à plat sur ton bas-ventre, une main sur l'autre, juste sous le nombril. Ferme les yeux.

Maintenant, ne fais rien d'autre que sentir.

Inspire par le nez, lentement, et laisse ton ventre se soulever sous tes mains. Sens-le se remplir. Vraiment. Prends le temps de sentir l'air, l'espace, la place que ça prend en toi.

Puis expire doucement, sans pousser, en laissant le ventre redescendre tout seul.

L'ordre compte. D'abord se remplir, ensuite se vider. Tu as passé ta vie à te vider avant de te remplir. Là, tu inverses. Le ventre reçoit d'abord.

Reste dix respirations comme ça, une main sur l'autre, à sentir ton ventre accueillir avant de rendre. Un utérus se remplit avant de créer. Ton corps connaît cet ordre, il l'a juste oublié.

Une dernière chose, et elle compte plus que tout le reste.

Cette femme, personne n'a pu te la transmettre, non pas par manque d'amour mais par manque de possibilité, parce qu'aucune de celles qui t'ont précédée ne l'avait reçue non plus.

La chaîne s'arrête à l'endroit précis où une femme décide enfin de la regarder.

Tu viens de le faire.