Ta chaîne : la honte.
Elle existe en toi, elle a toujours existé, et le fait que tu ne l'aies jamais rencontrée ne veut pas dire qu'elle n'est pas là.
Ce que ta lignée a étouffé, c'est Aphrodite.
C'est cette femme qui désire pour elle-même, qui sent, qui jouit, et qui n'a jamais eu besoin de justifier ce que son corps réclame parce que le plaisir n'a pas à être mérité.
Aphrodite, dans la mythologie grecque, est la déesse du désir et de la beauté. Jean Shinoda Bolen la nomme l'alchimique, parce qu'elle transforme tout ce qu'elle touche. Elle est le seul archétype dont la puissance est le plaisir lui-même, et non ce qu'on en fait.
Dans ta lignée, cette femme-là n'a jamais eu le droit d'exister. Le corps y était une gêne et le désir une faute, on n'en parlait pas, on cachait, on serrait les jambes, et le message était limpide même s'il n'a jamais été prononcé : le plaisir n'était pas pour les femmes bien. Tu as reçu ce message sans qu'aucun mot ne soit dit, ce qui le rend d'autant plus difficile à défaire.
Ce qui a pris toute la place, c'est la Vierge au sens moral.
Le corps propre, neutre, mis sous cloche, jamais nommé, jamais regardé, réduit à une enveloppe qu'on entretient sans jamais l'habiter.
Regarde ton corps.
Ça se loge exactement là où ça devrait vibrer, dans ce bassin sous cloche, dans ces cuisses qui se serrent, dans cette respiration qui refuse obstinément de descendre dans le bas-ventre. Et il y a cette petite alarme qui s'allume précisément au moment où ça devient bon, comme si le plaisir déclenchait un signal de danger. Souvent même la sensation est absente, comme si tu regardais ton propre corps depuis la pièce d'à côté.
Ce que tu viens réhabiter, c'est Aphrodite.
Ton désir, ta sensation, ton bassin qui se rallume, et le droit de vouloir sans demander pardon à personne.
Tes actes de libération pour cette semaine.
Ton acte dans la vie
Cette semaine, offre-toi un désir par jour. Un seul, mais un vrai, et pour toi seule. Quelque chose qui ne sert à rien ni à personne d'autre que toi.
Un fruit que tu adores et que tu manges lentement.
Un détour par un endroit que tu aimes.
Une chanson que tu écoutes en fermant les yeux.
Le désir gratuit, celui qui n'a aucune utilité, aucune justification, c'est très précisément ce que la honte interdit.
En t'autorisant un plaisir inutile par jour, tu désarmes l'interdit un peu plus à chaque fois.
Ton acte dans le corps, rallumer la sensation en douceur
Un mot d'abord. Si l'idée même de te regarder ou de te toucher réveille une gêne, une résistance, presque un dégoût, c'est normal. C'est même le signe que tu es exactement au bon endroit. La honte que tu portes n'est pas la tienne, elle t'a été transmise. On ne va donc rien forcer. On y va par le plus petit pas possible.
Premier soir, tu ne te touches pas et tu ne te regardes pas. Tu poses seulement une main sur ton cœur et une main sur ton bas-ventre, par-dessus tes vêtements. Et tu respires. C'est tout. Tu sens juste la chaleur de ta main à travers le tissu, la présence de ta propre main sur ton corps. Reste une minute. Si même ça remue quelque chose, c'est parfait, ça veut dire que le corps répond.
Les jours suivants, seulement quand tu te sens prête, tu peux glisser la main sous le tissu, à même la peau du ventre. Toujours sans but, juste pour sentir la chaleur, le contact, la douceur de ta propre peau.
Et plus tard, à ton rythme, tu pourras explorer d'autres endroits, un avant-bras, une épaule, une cuisse. Le plaisir de la peau, la sensation simple du contact, sans aucune destination.
Le regard, lui, vient en dernier, et seulement si tu le souhaites. Il n'est pas obligatoire. Beaucoup de femmes réhabitent d'abord leur corps par le toucher, les yeux fermés, et ça leur suffit longtemps.
Il n'y a rien à réussir ici. Chaque pas que tu fais, même le plus petit, est déjà une libération.