Ta chaîne : la force.

Elle existe en toi, elle a toujours existé, et le fait que tu ne l'aies jamais rencontrée ne veut pas dire qu'elle n'est pas là.

Cette femme qui accepte de descendre. Qui se laisse traverser par ce qui arrive au lieu de le combattre, et qui sait qu'on peut s'effondrer sans disparaître.

Perséphone, dans la mythologie grecque, a deux visages. Elle est d'abord Koré, celle qui est entraînée dans le monde souterrain. Mais elle n'y reste pas jeune fille : elle en devient la Reine, la seule à régner sur les profondeurs et à en remonter chaque printemps. Chez Jean Shinoda Bolen, elle incarne cette capacité rare à traverser le noir et à revenir transformée.

Dans ta lignée, cette femme-là n'a jamais eu le droit d'exister. Les femmes avant toi ont été fortes parce qu'il n'y avait pas d'autre option : elles ont tenu, encaissé, avancé, seules. Descendre aurait voulu dire ne plus remonter, alors elles ne sont jamais descendues. Et c'est ce verrou qu'elles t'ont légué sans le vouloir.

Ce qui a pris toute la place, c'est Athéna.

La guerrière stratège, le mental toujours en avance, l'armure si bien ajustée qu'on ne la distingue plus de la peau, celle qui gère tout et ne craque jamais parce qu'elle a oublié qu'elle en avait le droit.

Regarde ton corps.

Ta mâchoire est serrée, tu serres même les dents la nuit, tes épaules sont hautes et dures, ton périnée verrouillé. Mâchoire, épaules, périnée sont reliés : ils lâchent ensemble ou pas du tout. C'est pour ça que tous tes efforts pour te détendre par le haut n'aboutissent nulle part.

Ce que tu viens réhabiter, c'est Perséphone.

Pas la jeune fille qu'on enlève, la Reine qui règne sur ses propres profondeurs. Celle qui peut s'effondrer parce qu'elle sait qu'elle remontera. Ta lignée n'a jamais pu vérifier ça : la vraie puissance n'est pas de ne jamais tomber, c'est de savoir traverser.

Tes actes de libération pour cette semaine.

Ton acte dans la vie

Cette semaine, demande de l'aide pour quelque chose que tu sais parfaitement faire seule. Pas parce que tu es dépassée, justement pas. Parce que tu es capable, et que tu choisis délibérément de laisser quelqu'un t'aider quand même.

Porter un truc à deux quand tu pourrais le porter seule.

Laisser quelqu'un te conseiller quand tu connais déjà la réponse.

C'est un entraînement à recevoir de l'aide sans la mériter par l'épuisement, à te laisser porter alors même que tu pourrais tenir. C'est ça, quitter l'armure.

Ton acte dans le corps — décharger l'armure par le tremblement

Mâchoire, épaules, périnée : ces trois-là sont reliés, et ils tiennent ensemble. On va commencer par les décrocher un par un, puis laisser le corps décharger.

Assieds-toi ou tiens-toi debout, peu importe.

D'abord la mâchoire. Desserre les dents, laisse ta bouche s'entrouvrir légèrement, décolle ta langue de ton palais. Souffle par la bouche en relâchant complètement la mâchoire, comme un cheval qui s'ébroue, en laissant tes lèvres vibrer si elles veulent.

Ensuite les épaules. Monte-les vers tes oreilles, très haut, serre fort, garde trois secondes, puis lâche d'un coup. Recommence trois fois. À chaque lâcher, laisse-les tomber plus bas.

Puis le périnée. Contracte-le comme si tu retenais une envie d'uriner urgente, garde trois secondes, puis relâche complètement en soufflant. Trois fois. Sens la différence entre serrer et lâcher, ton corps a peut-être oublié ce que « lâcher » veut dire à cet endroit.

Enfin, le tremblement. Si à un moment, après un effort ou une émotion, ton corps se met à trembler, ne l'arrête surtout pas. Laisse tes jambes trembler, laisse tes mains trembler. Le tremblement, c'est le système nerveux qui décharge la tension accumulée. Les animaux le font naturellement après un danger. Nous, on l'a appris à réprimer. Toi, tu réapprends à le laisser passer.

Une dernière chose, et elle compte plus que tout le reste.

Cette femme, personne n'a pu te la transmettre, non pas par manque d'amour mais par manque de possibilité, parce qu'aucune de celles qui t'ont précédée ne l'avait reçue non plus.

La chaîne s'arrête à l'endroit précis où une femme décide enfin de la regarder.

Tu viens de le faire.