Ta chaîne : les secrets.
Elle existe en toi, elle a toujours existé, et le fait que tu ne l'aies jamais rencontrée ne veut pas dire qu'elle n'est pas là.
Ce que ta lignée a étouffé, c'est la Médiale.
C'est cette femme qui capte ce que personne ne dit, qui perçoit les courants souterrains d'une famille, et qui a le droit de nommer ce que le clan préfère laisser dans l'ombre.
La Médiale est la quatrième forme du féminin chez Toni Wolff, la médiumnique, celle qui perçoit les non-dits et ce que le groupe porte sans jamais l'exprimer. Son visage grec est Hécate, déesse des carrefours et des seuils, la seule à avoir entendu le cri de Perséphone enlevée, la seule à pouvoir descendre dans le noir et en remonter.
Dans ta lignée, cette femme-là n'a jamais eu le droit d'exister. Il y a eu des choses qu'on n'a jamais dites, des drames tus, des histoires enfouies, des loyautés invisibles dont personne n'a signé le contrat mais que tout le monde respecte. Et toi tu as capté tout ça, dès l'enfance, sans qu'on t'explique rien, en sentant simplement qu'il y avait une zone où il ne fallait pas aller.
Ce qui a pris toute la place, c'est la Gardienne du tombeau.
Elle sent tout, elle porte tout, et elle n'a le droit de rien dire, ce qui fait d'elle la dépositaire d'un secret dont elle ne connaît même pas le contenu.
Regarde ton corps.
Il y a cette tension diffuse qui n'a pas de cause identifiable, ces douleurs qu'aucun examen n'explique, ce corps un peu absent, et cette phrase que tu connais par cœur et que tu répètes aux thérapeutes sans qu'ils sachent quoi en faire : je ne sais pas où j'ai mal. Quelque chose de lourd s'est déposé dans ton bassin, et tu ne saurais pas dire quoi, parce que ce n'est pas ton histoire.
Ce que tu viens réhabiter, c'est la Médiale.
Le droit de nommer, de traverser le seuil et de déposer, en faisant de ton utérus un lieu de mémoire, mais une mémoire qui peut enfin se libérer au lieu de simplement conserver.
Tes actes de libération pour cette semaine.
Ton acte dans la vie
Cette semaine, écris ce qui n'a jamais été dit. Pas les faits, pas la vérité vérifiable, tu n'as pas besoin de savoir si c'est exact.
Écris la sensation, le poids, l'impression de porter quelque chose qui n'est pas à toi. Sans destinataire, sans preuve, sans témoin. Personne ne lira.
Et une fois écrit, tu choisis : tu brûles la feuille, ou tu la gardes, peu importe.
Ce qui compte, c'est que ce soit sorti de ton corps et posé sur le papier, parce que ce qui reste enfermé sans mots continue de peser.
Ton acte dans le corps — déposer par le souffle et le sol
Cet acte se fait en deux temps. D'abord le souffle, ensuite le dépôt.
Le souffle. Assieds-toi confortablement, une main sur le bas-ventre. Inspire par le nez en gonflant le ventre. Puis, à l'expiration, laisse sortir un son grave et sonore, un « ho » ou un « ha » qui descend. Sens que le souffle remonte du bassin et sort par la bouche. Fais-le cinq fois. Tu ouvres un passage pour ce qui n'a pas de mots.
Le dépôt. Mets-toi à genoux au sol, ou assise sur les talons. Penche-toi lentement vers l'avant, et pose tes mains à plat sur le sol devant toi, ou même ton front si tu peux. Sens le contact de tes mains et de ton corps avec la terre, le sol, le support solide sous toi.
Et là, imagine, ou simplement laisse faire : ce que tu portes et qui n'est pas à toi, tu le laisses passer à travers tes mains, vers le sol. Tu ne le retiens plus. Le sol peut le prendre, lui il est assez grand. Reste là aussi longtemps que tu en as besoin.
Ce qui n'a pas encore trouvé de mots peut d'abord trouver un mouvement. Le corps dépose avant que la tête comprenne.